“A force de m’imprégner des atrocités commises dans d’autres pays, des dérives autocratiques de régimes à façades démocratiques, des luttes sanguinaires entre d’un côté le détenteur du pouvoir et ses sbires, de l’autre les opposants gourmands de cette place, je relativise les défauts de notre régime et de ses actants, au point de me sentir comme un devoir de me rendre aux urnes.”Loïc Decrauze (1969) Les tics d'une vie, 2007pays, démocratie
“Ce qui est admirable dans la démocratie parlementaire, c'est la totale étanchéité existant entre les aspirations profondes des citoyens, les votes de leurs élus et les décisions des gouvernements. Il n'y a jamais rien de commun. Chaque citoyen est persuadé de jouir de la plus grande des libertés parce que, à date fixe, il va jeter un papier dans une urne. Passé le Saint, passé la fête. Après, c'est fini. Vous voyez votre élu, si par chance c'est le vôtre, par un jeu subtil d'alliances et de mésalliances, aller dans le sens contraire à vos convictions les plus profondes. Quant aux gouvernements qui en découlent, ils sont capables, vous rappelant avec un cynisme parfois révoltant, qu'ils sont là grâce à vous, de vous entraîner avec la plus parfaite irresponsabilité, au nom de la défense de votre liberté ou de votre dignité de démocrate, dans les aventures les moins bien préparées et les plus aberrantes.”Philippe Gautier (1934) écrivain françaisjeu, décision, liberté, chance
“Écoute, Rhoda (car nous sommes des conspirateurs, les mains posées sur l'urne froide), la voix banale, vive, exaltante de l'action, la voix des chiens flairant la trace.”Virginia Woolf (1882–1941) femme de lettres britannique, 1931chienne, chiens
“Les premiers monuments funéraires étaient constitués pas des dolmens, des mégalithes et des menhirs, puis apparurent, comme une grande page ouverte en relief, les niches, les autels, les tabernacles, les cuves en granit, les bacs en marbre, les couvercles ouvragés ou lisses, les colonnes doriques, ioniques, corinthiennes, les cariatides, les frises, les acanthes, les entablements et les frontons, les fausses voûtes, les vrais voûtes, et aussi les pans de mur montés avec des briques superposées, les murs cyclopéens, les meurtrières, les rosaces, les gargouilles, les grandes fenêtres, les tympans, les pinacles, les dallages, les arcs-boutants, les piliers, les pilastres, les statues gisantes représentant des hommes en armure avec heaume et épée, les chapiteaux historiés et non historiés, les grenades, les fleurs de lys, les immortelles, les clochers, les dômes, les statues gisantes représentant des femmes aux seins comprimés, les peintures, les arches, les chiens fidèles couchés, les enfants emmaillotés, les porteuses d’offrandes, les pleureuses voilées, les aiguilles, les nervures, les vitraux, les tribunes, les chaires, les balcons, d’autres tympans, d’autres chapiteaux, d’autres arcs, des anges aux ailes éployées, des anges aux ailes tombantes, des médaillons, des urnes vides ou couronnées de flammes de pierre, ou laissant sortir un crêpe languide, des mélancolies, des larmes, des hommes majestueux, des femmes magnifiques, des enfants adorables fauchés dans la fleur de l’âge, des vieillards qui ne pouvaient plus attendre, des croix entières et des croix brisées, des échelles, des clous, des couronnes d’épines, des lances, des triangles énigmatiques, une insolite colombe marmoréenne, des bandes de pigeons authentiques volant en cercle autour de la nécropole. Et puis le silence. Un silence uniquement brisé de temps en temps par les pas de quelque amant de la solitude, occasionnel et soupirant, qu’une tristesse soudaine arrache aux environs bruyants où l’on entend encore des pleurs au bord d’une tombe et où l’on dépose des bouquets de fleurs fraîches, encore humides de sève, un silence qui traverse pour ainsi dire le cœur même du temps, ces trois mille ans de sépultures de toutes les formes, conceptions et configurations imaginables, unies dans le même abandon et la même solitude car les douleurs qui en sont nées un jour sont trop anciennes pour avoir encore des héritiers..”José Saramago livre Tous les nomsTous les noms (Todos os nomes), 1997Cœur, femmes, hommes, douleur