“Coppée est mort cette après-midi, vers deux heures. (…) Je pensais, en revenant, que c'est une curieuse impression, celle de la mort d'un homme qu'on a connu, au moins de vue, qu'on a rencontré si souvent, l'impression de la disparition, de la suppression. On le revoit comme on le voyait, tel qu'il était, avec son allure, ses tics. Coppée, par exemple, marchant avec l'air de retomber tour à tour sur chaque jambe, l'air mélancolique, parlant tout seul, comme s'il se récitait des vers, faisant même quelques légers gestes d'une main, d'un bras, le dos un peu voûté, balançant les bras, la tête suivant les mouvements du corps, la bouche serrée, les yeux si bleus, si fureteurs dans son teint de brique, la bouffée de fumée de la cigarette, sa façon d'enjamber le pas de sa porte cochère rue Oudinot, de parler seul en marchant. Puis, tout d'un coup, un trait sur tout cela, biffé, enlevé, disparu.”Paul Léautaud (1872–1956) écrivain français23 mai 1908 Journal littéraire, Le goût pour la relationmort, hommes
“[Henri Guaino] (…) grand défenseur de la petite cause sarkozyenne. Un rictus condescendant pour la valetaille médiatique donne l’impression qu’on l’agace profondément en osant l’interroger. La tête à claques du premier de la classe s’anime alors de tics faciaux qui décrédibilisent ses réponses.”Loïc Decrauze (1969) Viser la tête ! - Abécédaire d'un pamphlétaire au fil du temps, 2010
“Il avait suffi, pour ne pas l'effrayer, d'être avec lui ce que Jérôme aurait voulu que fût l'humanité pour lui, ce que fût l'humanité. Un instinct de vie si pur, une âme si dégagée des liens qui l'enserrent dès sa naissance, que le mot liberté reprenait sens à sa vue. Jérôme respectait d'ailleurs en son compagnon, comme il l'avait encouragée en soi-même, cette impossibilité de supporter la moindre question, le moindre contrôle; mais, alors qu'il n'avait ressenti que très tard, après la guerre, et comme une révolte, comme un schisme, l'impuissance à vivre cette vie plus faite de la vie des autres que de la sienne propre, les mêmes sentiments dans l'enfant étaient si aisés, si proches de la nature et du bon sens qu'on imaginait très bien une humanité soumise à cette façon d'être humaine. Une humanité où chaque homme aurait été distinct des autres, dans son âme comme dans son corps, comme un astre et des astres. Où les rapports entres les êtres n'auraient jamais été que des flexions, des consentements, des transparences, et où seul le silence aurait été un bien et un plaisir commun. (…) Où chaque homme n'eût pas été un administrateur-délégué de la race entière des hommes, responsable jusque dans sa façon de cracher ou de faire l'amour… Une humanité, sans lois sociales et esthétiques, aussi libérée de ses codes multiples que de ces tics qui ont créé le grès flambé ou le cuir de Cordoue… Plus belle aussi… Où l'âge ne déposerait pas sur chacun de vos doigts, à chaque phalange, un triste nombril.”Jean Giraudoux livre Aventures de Jérôme BardiniAventures de Jérôme Bardini, 1930âme, naissance, nature, liberté
“L'horloge fait tic tac. Les deux aiguilles sont des convois en route pour la traversée d'un désert. Les barres noires sur le cadran sont des oasis vertes. La grande aiguille a pris de l'avance pour trouver de l'eau.”Virginia Woolf (1882–1941) femme de lettres britannique, 1931eau
“Les Poets de Sept ansEt la Mère, fermant le livre du devoir,S'en allait satisfaite et très fière sans voir,Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,L'âme de son enfant livrée aux répugnances.Tout le jour, il suait d'obéissance; trèsIntelligent; pourtant des tics noirs, quelques traitsSemblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,En passant il tirait la langue, les deux poingsA l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampeOn le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,Sous un golfe de jour pendant du toit. L'étéSurtout, vaincu, stupide, il était entêtéA se renfermer dans la fraîcheur des latrines:Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinetDerrière la maison, en hiver, s'illunait,Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marneEt pour des visions écrasant son oeil darne,Il écoutait grouiller les galeux espaliers.Pitié! Ces enfants seuls étaient ses familiersQui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boueSous des habits puant la foire et tout vieillots,Conversaient avec la douceur des idiots!Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,Sa mère s'effrayait, les tendresses profondes,De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.C'était bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment!A sept ans, il faisait des romans, sur la vieDu grand désert où luit la Liberté ravie,Forêts, soleils, rives, savanes! - Il s'aidaitDe journaux illustrés où, rouge, il regardaitDes Espagnoles rire et des Italiennes.Quand venait, l'Oeil brun, folle, en robes d'indiennes,-Huit ans -la fille des ouvriers d'à côté,La petite brutale, et qu'elle avait sauté,Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,Car elle ne portait jamais de pantalons;- Et, par elle meurtri des poings et des talons,Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.Il craignait les blafards dimanches de décembre,Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou,Il lisait une Bible à la tranche vert-chou;Des rêves l'oppressaient, chaque nuit, dans l'alcôve.Il n'aimait pas Dieu; mais les hommes qu'au soir fauve,Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourgOù les crieurs, en trois roulements de tambour,Font autour des édits rire et gronder les foules.- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houlesLumineuses, parfums sains, pubescences d'or,Font leur remuement calme et prennent leur essor!Et comme il savourait surtout les sombres choses,Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,Haute et bleue, âcrement prise d'humidité,Il lisait son roman sans cesse médité,Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,Vertige, écroulement, déroutes et pitié!- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,En bas, - seul et couché sur des pièces de toileÉcrue et pressentant violemment la voile!”Arthur Rimbaud (1854–1891) poète françaisvie, hommes, Dieu, enfants
“La pendule fait tic-tac-tic-ticLes oiseaux du lac pic-pac-pic-picGlou-glou-glou font tous les dindonsEt la jolie cloche ding-dang-dong”Charles Trenet (1913–2001) auteur-compositeur-interprète françaisoiseau