“Le sens de l’histoire pour tous ces gens pétris de l’esprit des Lumières et du progrès scientifique, était ascendant, l’humanité s’extrayait du singe pour s’élever par petits bonds vers un avenir radieux. On partait d’un gribouillis et on arrivait à Michel-Ange, sans prendre le risque d’aller plus loin pour ne pas faire de peine, de même qu’on partait de la plus grande sauvagerie des hommes-bêtes, se coiffant avec un clou […], pour atteindre le plus haut degré de civilisation, par exemple le beau Brummell prenant une matinée pour assortir ses gants à sa cravate, et puis comment on place un archevêque à table, et comment écrire à la veuve d’un général. Sauf qu’on peut aussi inverser le schéma : on part du plus haut, des splendeurs de Lascaux et on arrive à Auschwitz, et ce n’est plus du tout la même conception de l’histoire du monde. C’est une inexorable dégringolade.”Jean Rouaud (1952) écrivain françaisLa Femme promise, 2009histoire, lumière, avenir, hommes
“Rarement descente de police aura aussi bien porté son nom. Ça n'était pas une descente, c'était une dégringolade.”Henri Jeanson (1900–1970) réalisateur françaisDialogues de films
“Au héros de Maturin dont Baudelaire disait : « Melmoth est une contradiction vivante. Il est sorti des conditions fondamentales de la vie; ses organes ne supportent plus sa pensée », à ce hérault du mal qui n'a pas assez des siècles ni de l'univers pour répandre sa malédiction, Balzac offre la dépouille d'un caissier de banque parisien qui, pour subvenir à des besoins d'argent grandissants, vend son âme au diable. La dégringolade est aussi terrible que significative. C'est l'imaginaire vaincu par l'ordre rationnel, c'est la métaphysique ramenée à la niche des religions, c'est la poésie disparaissant pour longtemps du roman, dès lors tout entier acquis au réalisme, c'est-à-dire livré à une surveillance sans relâche qui a pour but de déterminer comme unique référent l'empire du réel.”Annie Le Brun (1942) poétesse françaiseEssai critique, Les châteaux de la subversion, 1982âme, univers, pensée, vie
“Le soleil s’enlise inexorablement dans la mer. Il a beau s’agripper aux nuages, il ne parvient pas à empêcher la dégringolade. On voit bien qu’il déteste se prêter à cet exercice de mise en abîme, mais il n’y peut rien. Toute chose en ce monde a une fin et aucun règne n’échappe à son déclin.”Yasmina Khadra (1955) écrivain algérienL’Olympe des Infortunes, 2010soleil, mer, monde