“Nous remîmes nos dépêches à Tolède. Une ville frappante de caractère. Hautaine, défendue, rébarbative, creusée dans le roc, à pic au-dessus des eaux du Tage qui l’environnent sur trois côtés, en ayant même l’air de l’entailler, tellement ses ravins sont raides et durs.”Joseph Jolinon (1885–1971) écrivain françaisGuerillas 1808eau
“« Le soleil doit être couché maintenant sur les plateaux, car le ravin s'emplit de nuit; tout se tait; les dernières abeilles retardataires rentrent, toutes chargées de pollen.”Henry de Monfreid (1879–1974) écrivain françaisLe Roi des abeilles, 1937abeille, soleil, nuit
“Cette pensée, cette flamme nue de la souffrance, était une pensée sur ma patrie terrestre : pieds nus et misérable, au bord de cette route de montagne, j'attendais les habitants des cieux, charitables et radieux, et le vent, tel un pressentiment du miracle, jouait dans mes cheveux, emplissait les ravins d'une vibration cristalline, agitait les soies fabuleuses des arbres fleurissant entre les rochers le long de la route; de longues herbes s'entortillaient autour de leurs troncs, telles des langues de feu; de grosses fleurs se détachaient gracieusement des rameaux étincelants et, comme des calices volants, gorgées de soleil à ras bord, elles glissaient dans l'air en gonflant leurs pétales transparents et bombés; leur parfum, humide et sucré, me rappelait tout ce que j'avais connu de plus beau dans ma vie.”Vladimir Nabokov livre Le MotLe Mot, 1923vie, montagne, arbre, herbe
“La scène est devenue courante. Les riches fuyant les pauvres délaissent la ville pour aller vivre dans des coins de campagne de plus en plus discrets. Cela ne dure pas longtemps avant que la nouvelle se répande dans la zone de surpopulation. Et commence alors le siège. Une petite cahute dans les ravins. Une autre au pied de cette villa rose. Et en moins de deux ans un bidonville est là, asphyxiant le nouveau quartier huppé. Toute guerre n'a pour but qu'une occupation du territoire.”Dany Laferrière (1953) écrivain et scénariste canadien(2009)guerre
“Au matin ils sortirent du ravin et repartirent sur la route. Il avait taillé pour le petit une flûte dans une tige de jong qu'il avait trouvée au bord de la route et il la sortit de sa veste et la lui tendit. Le petit la prit sans mot dire. Au bout d'un moment il ralentit le pas et resta en arrière et au bout d'un moment l'homme l'entendit qui jouait. Une musique informe pour les temps à venir. Ou peut-être l'ultime musique terrestre tirée des cendres des ruines. L'homme s'était retourné et le regardait. Perdu dans sa concentration. Triste et solitaire enfant-fée annonçant l'arrivée d'un spectacle ambulant dans un bourg ou un village sans savoir que les acteurs ont tous été enlevés par les loups.”Cormac McCarthy (1933) écrivain américain, 2006hommes, enfants, musique, loup
“Notre seul péché, notre méfait unique était le silence, et une sorte d’évanouissement miraculeux. Pour des desseins innocents, pour une liberté qu’on ne nous refusait pas, nous sautions la grille, quittions les chaussures, empruntant pour le retour une échelle inutile, le mur bas d’un voisin. Le flair subtil de la mère inquiète découvrait sur nous l’ail sauvage d’un ravin lointain ou la menthe des marais masqués d’herbe. La poche mouillée d’un des garçons cachait le caleçon qu’il avait emporté aux étangs fiévreux, et la « petite », fendue au genou, pelée au coude, saignait tranquillement sous des emplâtres de toiles d’araignée et de poivre moulu, liés d’herbes rubanées…”Colette livre La Maison de ClaudineRomans, La Maison de Claudine, 1922sort, mère, sortie, liberté
“Comment oublier le monde? Peut-on chercher le bonheur quand tout parle de destruction? Le monde est jaloux, il vient vous prendre, il vient vous retrouver là où vous êtes, au fond d'un ravin, il fait entendre sa rumeur de peur et de haine, il mêle sa violence à tout ce qui vous entoure, il transforme la lumière, la mer, le vent, même les cris des oiseaux. Le monde est dans votre coeur alors, sa douleur vous réveille de votre rêve et vous découvrez que la terre même où vous avez voulu créer votre royaume vous expulse et vous jette à la mer.”Jean-Marie G. Le Clézio