“La mélodie consiste en une certaine fluidité de sons coulants et doux comme le miel d’où elle a tiré son nom.”Joseph Joubert (1754–1824) philosophe et essayiste françaisTome 2, Des beaux-arts
“[Ce sashimi], ce fut un éblouissement. Ce qui franchit ainsi la barrière de mes dents, ce n’était ni matière ni eau, seulement une substance intermédiaire qui de l’une avait gardé la présence, la consistance qui résiste au néant et à l’autre avait emprunté la fluidité et la tendresse miraculeuses. Le vrai sashimi ne se croque pas plus qu’il ne fond sur la langue. Il invite à une mastication lente et souple, qui n’a pas pour fin de faire changer l’aliment de nature mais seulement d’en savourer l’aérienne moellesse. Oui, la moellesse : ni mollesse ni moelleux ; le sashimi, poussière de velours aux confins de la soie, emporte un peu des deux et, dans l’alchimie extraordinaire de son essence vaporeuse, conserve une densité laiteuse que les nuages n’ont pas.”Muriel Barbery livre Une gourmandiseUne gourmandise, 2000nature, eau, changement
“Depuis quelques années, le travail des traducteurs a été orienté par la tentative de mieux rendre la langue de leurs auteurs en échappant à la dictature de la « fluidité » et du « grammaticalement correct », qui avait imposé à des générations de lecteurs français une idée trop vague du style réel de tant d'auteurs. […] À l'intérieur de ce cadre, à mon artisanal niveau, l'essentiel était, me semble-t-il, de tenter de restituer auprès du lecteur français la plus grande partie de ce que ressent le lecteur italien non sicilien à la lecture de Camilleri. Ce sentiment d'étrange familiarité que procure sa langue, écho de ce qu'on éprouve en rencontrant, en même temps qu'une île, une très ancienne et très moderne civilisation.”Andrea Camilleri (1925–2019) écrivain italienidée, temps, lecture, sentiment
“Dans notre époque très féminine, la recherche d'harmonie, la mélasse sentimentale qui nous colle aux doigts pousse à s'excuser sans cesse pour tout et pour rien. On a peur des heurts, on censure les conflits, on cherche la fluidité des rapports humains. Cette niaiserie douce, ce crétinisme de jardin d'enfants fait que les tempéraments saillants, minéraux sont stigmatisés. Les ressources du vocabulaire ont l'air infinies pour désigner ceux qui résistent à ce sirop : machos, névrosés, fachos, etc.”Michel Zendali (1953–2008) journaliste suisserecherche, rapports, enfants, peur
“L'attitude des modernes à l'égard du passé comporte en effet trop souvent une double erreur : d'une part, ils jugeront que telles formes ayant un contenu intemporel sont inconciliables avec les conditions mentales de ce qu'ils appellent « notre temps »; d'autre part, ils se réfèrent volontiers, pour introduire telle réforme ou telle simplification, à ce qui a été fait dans l'Antiquité ou au Moyen Age, comme si les conditions cycliques étaient toujours les mêmes et qu'il n'y avait pas, du point de vue de la fluidité spirituelle et de l'inspiration, un appauvrissement — ou un abaissement — progressif des possibilités. La religion — car c'est d'elle qu'il s'agit dans la plupart des cas — est pareille à un arbre qui croît, qui a une racine, un tronc, des branches, des feuilles, où il n'y a pas de hasard — un chêne ne produisant jamais autre chose que des glands — et où on ne peut à l'aveuglette intervertir l'ordre de croissance; celle-ci n'est point une « évolution » au sens progressiste du mot, bien qu'il y ait évidemment — parallèlement à la descente vers l'extériorisation et le durcissement — un déploiement sur le plan de la formulation mentale et des arts.Le soi-disant retour à la simplicité originelle est l'antipode de cette simplicité, précisément parce que nous ne sommes plus à l'origine et que, en outre, l'homme moderne est affecté d'un singulier manque du sens des proportions; nos ancêtres ne se seraient jamais doutés qu'il suffit de voir dans une erreur « notre temps » pour lui reconnaître des droits non seulement sur les choses, mais même sur l'intelligence.”Frithjof Schuon livre La Transfiguration de l’Homme (1995).The Transfiguration of Man
“ISABELLEJe viendrai… Je viendrai… Mais je n'ai pas le sentiment que je serai particulièrement forte et volontaire, une fois disparue. Je sens très bien au contraire que ce qui me plaira dans la mort, c'est la paresses de la mort, c'est cette fluidité un peu dense te engourdie de la mort, que fait qu'en somme, il n'y a pas des morts, mais uniquement des noyés…”Jean Giraudoux IntermezzoIntermezzo: Comedie En Trois Actes