“Ce qui est le plus important d'après moi aussi en escalade c'est quand même la façon dont tu passes. Le but c'est pas de passer un passage crispé sur des prises de se tirer, ça n'a aucun intérêt si tu veux. L'intérêt c'est justement d'essayer d'être le plus esthétique le plus harmonieux possible. En fait c'est une expression corporelle au même titre que la danse; sauf que la chorégraphie est dictée par les prises : c'est l'opéra vertical.”Patrick Edlinger (1960–2012) grimpeur françaisLa Vie au bout des doigts, 1983danse
“Nous n'avons pas de réponse brillante au pourquoi de la vie et le théâtre de notre moi imagine des échappatoires chorégraphiées qui droguent nos perceptions”Bertrand Laverdure (1967) journaliste, poète et écrivain canadienLa chambre Neptune, 2016vie
“[S]oudain, au tréfonds des abysses, une lueur infinitésimale… Elle frétille, approche, se silhouette lentement; c’est un enfant… qui court; sa foulée fantastique fait reculer les pénombres et les opacités… Cours, lui crie la voix de son père, cours… Une aurore boréale se lève sur les vergers en fête; les branches se mettent aussitôt à bourgeonner, à fleurir, à ployer sous leurs fruits. L’enfant longe les herbes folles et fonce sur le Mur qui s’effondre telle une cloison en carton, élargissant l’horizon et exorcisant les champs qui s’étalent sur les plaines à perte de vue… Cours… Et il court, l’enfant, parmi ses éclats de rires, les bras déployés comme les ailes des oiseaux. La maison du patriarche se relève de ses ruines; ses pierres s’époussettent, se remettent en place dans une chorégraphie magique, les murs se redressent, les poutres au plafond se recouvrent de tuiles; la maison de grand-père est debout dans le soleil, plus belle que jamais. L’enfant court plus vite que les peines, plus vite que le sort, plus vite que le temps… Et rêve, lui lance l’artiste, rêve que tu es beau, heureux et immortel… Comme délivré de ses angoisses, l’enfant file sur l’arête des collines en battant des bras, la frimousse radieuse, les prunelles en liesse, et s’élance vers le ciel, emporté par la voix de son père : On peut tout te prendre; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise – il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué.”Yasmina Khadra (1955) écrivain algérienL’Attentat, 2005sortie, oiseau, rire, herbe