“Le passage du Christ par la mort a été rendu possible par son acceptation « que la volonté du Père soit faite et non la Sienne. » Bien que cela soit un grand mystère, tout chercheur de vérité sait d’expérience que tout nouveau pas sur le chemin de la vérité suppose que, après un long combat, sa volonté se rende et accepte d’être brisée. Il faut l’épreuve de l’échec et de la souffrance ressentie quand tous les assauts paraissent avoir été tentés en vain, pour que l’entendement du sujet connaissant renonce à plier le réel à ses fantaisies et accepte de laisser pénétrer en soi un peu de la lumière de la vérité.”Laurent Lafforgue
“L'exigence d'objectivation implique une descente en soi-même en même temps qu'elle est oubli de soi et de tout ce qui n'est pas raison et fin de son désir. Elle se résout et se dissout dans l'objectivation d'une vérité en connaissance, par la médiation du langage, de la parole et de l'écriture. Elle est aussi figure de la gestation et de l'enfantement, puisqu'elle pousse l'esprit à se concentrer jusqu'à faire germer la vérité en connaissance et à expulser celle-ci hors de lui-même en l'exprimant par le langage. Mais, bien que l'exigence intellectuelle d'objectivation soit une manifestation de la vie dans l'ordre de l'esprit, elle ne donne pas la vie.”Laurent Lafforgue
“Il ne m’appartient certes pas de donner la foi à ceux de nos contemporains qui ne l’ont pas reçue. En revanche, je crois pouvoir appeler chacun à prêter une grande attention, exempte de mépris et de haine, à la tradition chrétienne et à la tradition juive. Cela fait partie du souci de la vérité et, d’autre part, cela est particulièrement important en matière d’éducation et d’école. Le lien entre transcendance et immanence qui fut noué dans les traditions juive et chrétienne a en effet permis la naissance et le développement de modèles d’éducation dont notre société laïque a hérité, et dont il n’est pas sûr qu’elle puisse se passer.”Laurent Lafforgue
“Je fais l’hypothèse que, par exemple, c’est l’identification de la vérité et du chemin dans la personne du Christ qui a engendré l’Université : cette étrange institution née de l’Église latine médiévale et dont aucun équivalent ne fut inventé dans nulle autre civilisation. Une institution vouée à la transmission des savoirs, mais aussi à leur recherche jamais lassée, et donc au dépassement inévitable de tous ses acquis. Une institution qui repose sur un rapport des savoirs à la vérité à la fois transcendant et immanent : transcendant puisque la vérité est toujours au-delà des savoirs, immanent puisque les savoirs pavent le chemin des chercheurs et que, dans la personne du Christ, le chemin est vérité. Ce rapport est perdu dans l’encyclopédisme : celui-ci situe la vérité dans les savoirs, jusqu’au moment où leur expansion continue persuade les héritiers de l’encyclopédisme qu’il n’est point de vérité.”Laurent Lafforgue