“Il n'y a rien, tu n'as rien à donner au désert : ni goutte d'eau ni goutte de sang. Les yeux bandés tu avances par des couloirs, des carrefours, des ruelles où trois étoiles conspirent. A voix basse la rivière parle. Sur ta gauche, sur ta droite, en arrière, en avant, d'ignobles rires, d'ignobles chuchotements. Le monologue te guette à chaque pas, et ses exclamations, ses signes d'interrogation, ses nobles sentiments, ses points sur les i durant un baiser, son moulin de lamentations et son répertoire de miroirs brisés. Poursuis : tu n'as rien à te dire.”Octavio Paz (1914–1998) poète, essayiste et diplomate mexicainPoésie, Liberté sur parole, 1929sentiment, baiser, rire, eau
“En dépit des efforts de certains, toujours accrochés au ballast du dernier train en partance vers les campagnes industrialisées (ou vers la désintégration atomique) la mythologie « moderne » se montre d'une telle pauvreté dans l'art - aussi bien que les manifestations spécifiquement collectives des phantasmes directeurs de l'inconscient - qu'on est fondé à croire que les mythes ne peuvent vivre et répandre une lumière tant soit peu exaltante que s'ils maintiennent un contact étroit avec le « répertoire » de la nature, répertoire qui ne saurait être feuilleté (pour citer encore Baudelaire) que par une main ailée et magicienne.”André Breton (1896–1966) poète et écrivain françaisEssai, L'Art magique, 1957art, nature, effort, lumière