“Comme prévu, crise d'angoisse. L'angoisse se distingue de la tristesse, de la préoccupation, de la mélancolie, de l'inquiétude, de la peur ou de la colère en ce qu'elle est sans objet identifiable. Un pur état de nerfs aux conséquences physiques immédiates : poitrine oppressée, souffle court, nervosité, maladresse (cassé un bol en préparant le petit déjeuner), bouffées de fureur dont le premier venu peut faire les frais, jurons étouffés qui vous empoisonnent le sang, aucun désir et la pensée aussi courte que le souffle. Impossible de me concentrer sur quoi que ce soit, dispersion extrême, ébauche de gestes, ébauche de phrases, ébauche de réflexion, rien n'aboutit, tout rebondit vers l'intérieur, l'angoisse renvoie sans cesse au cœur de l'angoisse. Ce n'est la faute de personne — ou c'est celle de tout le monde ce qui revient au même. Je trépigne en moi-même, accusant la terre entière de n'être que moi. L'angoisse est un mal ontologique. Qu'est-ce que tu as? Rien! Tout! Je suis seul comme l'homme!”Daniel Pennac livre Journal d'un corpsJournal d'un corps, 2012
“Mon corps est aussi le corps de Violette. L'odeur de Violette est comme ma deuxième peau. Mon corps est aussi le corps de papa, le corps de Dodo, le corps de Maès… Notre corps est aussi le corps des autres.”Daniel Pennac livre Journal d'un corpsJournal d'un corps, 2012
“Mon regard tombe sur Lison, tout à fait immobile, mais étonnamment animée de l'intérieur. Elle me sourit et, sans bouger davantage, me dit : Mon corps ne danse pas, mais mon cœur, lui, il danse. Oh! ma Lison! Le bonheur sans autre raison que le bonheur d'être. Je la connais encore parfois, moi aussi, cette jubilation intérieure qui fait danser mon cœur certains jours où je contrains mon corps à se tenir tranquille. Aux réunions de synthèse par exemple, quand Bertholieu, son pince-nez d'un autre temps à moitié recouvert par ses monstrueux sourcils, nous cause « diffraction » et « lignes de convergence, messieurs .»”Daniel Pennac livre Journal d'un corpsDanse, mon cœur, danse ! Journal d'un corps, 2012
“Quand Suzanne imitait l’accent français, mon accent, elle m’offrait la physiologie de notre langue. Son visage rétrécissait, ses sourcils se haussaient, elle redressait la tête, baissait à demi les paupières, avançait une bouche hautaine et boudeuse : Vous autres, maudits Français, toujours à parler avec votre bouche en cul-de-poule, comme si vous chiiez des œufs en or sur nos pauvres têtes!”Daniel Pennac livre Journal d'un corpsJournal d'un corps
“Au fond, ce journal aura été un perpétuel exercice d’accommodation. Échapper au flou, maintenir le corps et l’esprit dans le même axe… J’ai passé ma vie à « faire le point ».”Daniel Pennac livre Journal d'un corpsJournal d'un corps