“Elle passa par d'étranges cités mortes où, au lieu de formes pétrifiées, de circonstances momifiées, elle rencontra une nécropole de mouvements, de silences, de vides; elle se heurta à l'extraordinaire sonorité du néant qui est faite de l'envers du son et, devant elle, s'étendirent des chutes admirables, le sommeil sans rêve, l'évanouissement qui ensevelit les morts dans une vie de songe, la mort par laquelle tout homme, même l'esprit le plus faible, devient l'esprit même.”Maurice Blanchot livre Thomas l'obscurThomas the Obscure
“Moments mystérieux pendant lesquels, privée de tout courage et incapable de mouvement, elle semblait ne rien faire, alors qu'accomplissant un travail infini, elle ne cessait de descendre jeter par-dessus bord pensées de vivante, pensées de morte pour se creuser en elle un asile d'extrême silence.”Maurice Blanchot livre Thomas l'obscurThomas the Obscure
“Thomas demeura à lire dans sa chambre. Il était assis, les mains jointes au-dessus de son front, les pouces appuyés contre la racine des cheveux, si absorbé qu'il ne faisait pas un mouvement lorsqu'on ouvrait la porte. Ceux qui entraient, voyant son livre toujours ouvert aux mêmes pages, pensaient qu'il feignait de lire. Il lisait. Il lisait avec une minutie et une attention insurpassables. Il était, auprès de chaque signe, dans la situation où se trouve le mâle quand la mante religieuse va le dévorer. L'un et l'autre se regardaient. Les mots, issus d'un livre qui prenait une puissance mortelle, exerçaient sur le regard qui les touchait un attrait doux et paisible. Chacun d'eux, comme un œil à demi fermé, laissait entrer le regard trop vif qu'en d'autres circonstances il n'eût pas souffert.”Maurice Blanchot livre Thomas l'obscurThomas the Obscure