“Que donnait d'autre à la jeunesse le monde d'aujourd'hui?… Il n'y avait pas de travail, il n'y avait pas d'ambitions modestes réalisables, il n'y avait pas d'action. Il ne restait que ça… La cruelle et froide passion de parvenir, déguisée sous toutes sortes de noms et d'étiquettes partisanes.”Irène Némirovsky livre La ProieLa Proie, 1938
“Voilà, songeait Bernard : ils ont vulgarisé le mal qui, autrefois, était l'apanage d'une petite société restreinte et qui, par cela même, ne pouvait être trop nuisible. Ils ont démocratisé le vice et standardisé la corruption. Tout le monde est devenu malin, jouisseur, profiteur. Alors… Embouteillage dont les coupables ont pâti comme les autres. Il y a une sorte d'ironie et amère justice dans tous ces événements. Ironique et terrible, pensa-t-il encore.”Irène Némirovsky livre Les Feux de l'automneLes Feux de l'automne, 1957
“Le pouvoir, l'illusion de peser sur les destinées humaines, intoxique comme la fumée, comme le vin. Quand ils viennent à manquer, on éprouve une souffrance étonnante, un douloureux malaise. A d'autres moments, comme je l'ai dit, je ne ressens plus que de l'indifférence et une sorte de soulagement à rester là et à attendre la mort qui m'envahit de son flot régulier. Je ne souffre pas. Le soir seulement, quand la fièvre monte, un fourmillement pénible agite mon corps, et le bruit monotone du sang me lasse et bourdonne dans mes oreilles. Cela passe au matin. J'allume la lampe, et je reste assis à ma table, devant la fenêtre ouverte, et, quand le soleil est enfin levé, je m'endors.”Irène Némirovsky L'affaire Courilof, 1933