“Si l'on faisait l'histoire comparée du monde chrétien et du monde musulman, on découvrirait d'un côté une religion longtemps intolérante, porteuse d'une évidente tentation totalitaire, mais qui s'est peu à peu muée en religion d'ouverture, de l'autre côté une religion porteuse d'une vocation d'ouverture, mais qui peu à peu dérivé vers des comportements intolérants et totalitaires.”Amin Maalouf
“D’autres que moi auraient parlé de « racines »… Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot « racines », et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres; elles retiennent l’arbre captif dès la naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : « Tu te libères, tu meurs! »Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines; les hommes pas. Nous respirons la lumière, nous convoitons le ciel, et quand nous nous enfonçons dans la terre, c’est pour pourrir. La sève du sol natal ne remonte pas par nos pieds vers la tête, nos pieds ne servent qu’à marcher. Pour nous, seules importent les routes. Ce sont elles qui nous convoient – de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la mort violente. Elles nous promettent, elles nous portent, nous poussent, puis nous abandonnent. Alors nous crevons, comme nous étions nés, au bord d’une route que nous n’avions pas choisie.”Amin Maalouf Origines, 2004
“Les principes sont comme des attaches, des amarres; quand on les rompt, on se libère, mais de la manière d'un gros ballon rempli d'hélium, et qui monte, monte, monte, donnant l'impression de s'élever vers le ciel, alors qu'il s'élève vers le néant.”Amin Maalouf التائهون
“Quelle est donc cette foi qui dit à un homme qu'il doit quitter ses amis les plus proches, les plus sincères, pour pouvoir aller vers Dieu? Parce que Dieu est là-bas, dans la montagne, et pas ici, en ville? Parce que Dieu est au monastère, et pas sur les chantiers, ni dans les bureaux? Si l'on croit en Dieu, on doit croire qu'il est partout! […] Ce qui m'exaspère, c'est cette manière que l'on a aujourd'hui d'introduire la religion partout, et de tout justifier par elle. […] On la met à toutes les sauces, et on croit la servir, alors qu'on est en train de la mettre au service de ses propres ambitions, ou de ses propres lubies.”Amin Maalouf التائهون
“Les lois de la société ne sont pas celles de la gravité, souvent l'on tombe vers le haut plutôt que vers le bas. L'ascension politique de notre ami fut la conséquence directe de la faute grave qu'il avait commise. Depuis, il en a commis d'autres par la force des choses… Les principes sont des attaches, des amarres; quand on les rompt, on se libère, mais à la manière d'un gros ballon rempli d'hélium, et qui monte, monte, monte, donnant l'impression de s'élever vers le ciel, alors qu'il s'élève vers le néant. Notre ami est donc monté, monté; il est devenu puissant, célèbre, et surtout riche, outrageusement riche.”Amin Maalouf التائهون
“L'affrontement des civilisations, ce n'est pas un débat sur les mérites respectifs d'Erasme et d'Avicenne, de l'alcool et du voile, ou des textes sacrés; c'est une dérive globale vers la xénophobie, la discrimination, les vexations ethniques et les massacres mutuels, c'est-à-dire vers l'érosion de tout ce qui constitue la dignité morale de notre civilisation humaine.Quand règne pareille atmosphère, même ceux qui sont persuadés de se battre contre la barbarie finissent par y tomber à leur tour. La violence terroriste entraîne la violence antiterroriste, qui alimente le ressentiment, facilite la tâche des recruteurs fanatiques, et prépare de futurs attentats. Telle population est-elle regardée avec suspicion parce qu'elle pose des bombes, ou bien pose-t-elle des bombes parce qu'elle est regardée avec suspicion ? C'est l'éternelle histoire de l'œuf et de la poule, et il ne sert plus à rien de chercher la bonne réponse, celle-ci n'existe pas; chacun apporte les réponses que lui dictent ses peurs, ses préjugés, ses origines, ses blessures. Il faudrait pouvoir briser le cercle vicieux; mais à partir du moment où l'engrenage s'enclenche, il est difficile de retirer la main.”Amin Maalouf
“Moi, Hassan, fils de Mohamed le peseur, moi, Jean-Léon de Médicis, circoncis de la main d'un barbier et baptisé de la main d'un pape, on me nomme aujourd'hui l'Africain, mais d'Afrique ne suis, ni d'Europe, ni d'Arabie. On m'appelle aussi le Grenadin, le Fassi, le Zayyati, mais je ne viens d'aucun pays, d'aucune cité, d'aucune tribu. Je suis fils de la route, ma patrie est caravane, et ma vie la plus inattendue des traversées.Mes poignets ont connu tour à tour les caresses de la soie et les injures de la laine, l'or des princes et les chaînes des esclaves. Mes doigts ont écarté mille voiles, mes lèvres ont fait rougir mille vierges, mes yeux ont vu agoniser des villes et mourir des empires.De ma bouche, tu entendras l'arabe, le turc, le castillan, le berbère, l'hébreu, le latin et l'italien vulgaire, car toutes les langues, toutes les prières m'appartiennent. Mais je n'appartiens à aucune. Je ne suis qu'à Dieu et à la terre, et c'est à eux qu'un jour prochain je reviendrai.Et tu resteras après moi, mon fils. Et tu porteras mon souvenir. Et tu liras mes livres. Et tu reverras alors cette scène : ton père, habillé en Napolitain sur cette galée qui le ramène vers la côte africaine, en train de griffonner, comme un marchand qui dresse son bilan au bout d'un long périple.Mais n'est-ce pas un peu ce que je fais : qu'ai-je gagné, qu'ai-je perdu, que dire au Créancier suprême? Il m'a prêté quarante années, que j'ai dispersées au gré des voyages : ma sagesse a vécu à Rome, ma passion au Caire, mon angoisse à Fès, et à Grenade vit encore mon innocence.”Amin Maalouf livre Léon l'AfricainLeo Africanus