“Je le rappelle : les images ont une fonction, elles sont le terreau qui nourrit la Raison. Il s’agit donc de classement, de principe des catégories mis en œuvre, en un mot, d’élaborer l’identité : faire jouer les images identificatoires à l’échelle institutionnelle. De nos jours comme pour les cultures antiques, c’est par la propagation d’un discours de ces images fondatrices que se déploie la version de l’Interdit quel qu’en soit le contenu, aujourd'hui la version de l’anti-Tabou. En définitive, si c’est à coups de propagandes d’anti-Référence que se défont les Références classiques du Droit de la filiation, il ne s’ensuit pas que ces propagandes échappent pour autant à la logique de la Référence, telle que j’en décris les éléments et le fonctionnement. Dans ces conditions, malgré les dénis, la dogmatique de la sur-liberté demeure assujettie à la logique de la conservation de l’espèce. Cela nous ouvre la possibilité de comprendre que le rapport de dettes entre les générations est en voie de bouleversement, au préjudice des sujets à venir, appelés à payer ce que par avance nous leur infligeons, le surcoût généalogique de l’autofondation. Autrement dit, la débâcle du discours de l’identité ne sera pas payée par nous, mais par ceux qui nous suivent.”Pierre Legendre (1930) Leçons VI Les enfants du Texte. Étude sur la fonction parentale des Étatsliberté, rapports, pays
“La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute liberté et en toute pureté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau tel qu'il s'échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci; les animaux. Et c'est ici que s'est produite la plus grande déroute de l'homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent.”Milan Kundera livre L'Insoutenable Légèreté de l'êtreThe Unbearable Lightness of Being
“Et pourquoi sommes-nous faibles? Pourquoi sommes-nous incapables de produire des armes aussi puissantes que celles de l'Occident? Pourquoi nos industries sont-elles déficientes? Pourquoi la révolution industrielle s'est-elle produite en Europe, et pas chez nous? Pourquoi somme-nous restés sous-développés, et vulnérables, et dépendants? On pourrait répéter sans arrêt : c'est la faute des autres, c'est la faute des autres. Mais il faudra bien que nous finissions par regarder en face nos propres manquements, nos propres travers, nos propres infirmités. Il faudra bien que nous finissions par regarder en face notre propre défaite, la gigantesque, la retentissante débâcle historique de la civilisation qui est la nôtre.”Amin Maalouf (1949) écrivain franco-libanaisالتائهون