“Le monde ne va jamais. La plupart du temps il fait semblant. Et tout le monde s'en accommode. Plus ou moins bien. Avoir vingt ans ou presque quand le monde montre son vrai visage, c'est une ivresse inoubliable. Comme un volcan. On a beau savoir que la lave est en permanence en ébullition sous nos pieds, on reste fasciné par le spectacle de son imprévisible éruption. Même s'il n'en résulte que désolation, souffrance et misère.”Marc Dugain livre Heureux comme Dieu en FranceHeureux comme Dieu en France, 2002
“Mon grand-père Jules, comme tous ces vieux que trois guerres n'avaient pas empêchés de vivre plus d'un siècle, avait le sens de la formule. Je le vois encore, dans les années trente, dans sa petite ferme sous Vézelay, l’œil vif et rond, la moustache en brosse tombant sur ses lèvres comme un chaume sur l'arête d'un toit, roussie à l'endroit où s'appuyaient des cigarettes mi-fumées qui se succédaient sans répit. Un jour, l'ancien qui était avare de mots avait lâché de retour de la veillée funèbre d'un jeune de la commune emporté par la tuberculose : « Il n'y a pas d'orgueil sur le visage d'un mort. » Le lendemain, au retour de l'enterrement, il avait lancé dans la communauté assemblée : « À quoi ça sert de mourir, si les vivants restent aussi cons? »”Marc Dugain livre Heureux comme Dieu en FranceHeureux comme Dieu en France, 2002