“Quelle chance d'avoir connu ce public. Quel bonheur d'avoir connu ce temps béni de la non-participation. Un temps où il n'était question que de recevoir, en toute simplicité et en toute honnêteté – peut-être la plus noble attitude – un temps où il ne s'agissait pas de s'exprimer, de prouver, d'être un soi bruyant et apparent. Où que nous allions aujourd'hui, me dis-je, les gens applaudissent sur la dernière note. Aucun silence. Pas une seconde de retrait. Vite, applaudir. Vite, se manifester, vite en être, en dire, énoncer à tue-tête son si important verdict. Et chacun (…) d'être si fier d'appartenir à cette ignoble communauté, l'ignoble et nouvelle communauté du public averti, intelligent, les « haut de gamme » de l'humanité, (…), ceux qui en sont et qui savent, qui ont leurs élus et leurs damnés.”Yasmina Reza Hammerklaviert
“Ma sœur est d'une totale instabilité d'humeur. (…) Elle entamait une histoire d'amour clandestine avec un encadreur. Dans l'euphorie des débuts, elle venait de s'acheter une laisse et un collier de soumission. Il fallait qu'elle m'entraine tout de suite à part pour me montrer le kit sur son portable. Elle avait aussi envie d'un martinet, elle en avait vu un très joli sur internet, un knout à quatre brins montés sur un manche croco. Mais il valait cinquante-quatre euros et il y avait écrit: attention objet TRES cinglant. J'ai voulu voir la tête de l'encadreur mais elle n'avait pas de photo. Il avait soixante-quatre ans, cinq de plus qu'elle, marié, des bras costauds car il faisait de l'aviron, m'a-t-elle dit, et tatoués. J'ai pensé, et pourquoi aucun mec tatoué avec un fouet ne survient dans ma vie?”Yasmina Reza Babylone
“Je me suis souvenue des soixante ans de mon père. On avait mangé une choucroute à la République. C'était l'âge qu'avaient les parents. Un âge immense et abstrait. Maintenant c'est toi qui l'as. Comment est-ce possible? Une fille fait les quatre cents coups, se trimbale dans la vie juchée et peinturlurée et tout à coup se met à avoir soixante ans.”Yasmina Reza Babylone