“Le « je voudrais être un homme » qu'elle soupire parfois : pure bravade. Elle est femme dans son royaume. Que d'autres là-bas, dans les banlieues du Bronx ou de Brooklyn, conduisent des camion, s'enrôlent comme détectives, se fassent astronomes, ou que, cuisinières improvisées, elles s'essayent à cuire un poulet sur leur petit fourneau électrique! Nadine est la promesse de cet âge d'or, où les femmes auront cessé d'être des enfants et renoncé à être des hommes…”Paul Morand livre Champions du mondeChampions du monde, 1930
“Webb souffrait d'être mal jugé. Il était faux de dire qu'il méprisât l'Europe. Bien trop intelligent pour mesurer sa tache d'après les kilomètres ou les quintaux kilométriques, il comprenait qu'à Paris l'expression : « le plus grand du monde » n'a aucun sens.– U.S.A. c'est immense, et c'est enfantin à administrer, me dit-il quelques jours plus tard. Europe, c'est minuscule, délicat, plein de problèmes extraordinaires, inextricables. Dès qu'on touche quelque chose cela meurt ou tombe en poussière. Il y a partout des épines, j'ai les mains en sang.”Paul Morand livre Champions du mondeChampions du monde, 1930
“La lune ressemblait à un poisson mort dans l'étang, elle flottait le ventre en l'air. Sa lumière sans pardon éclairait durement des pensées qu'au fond de soi il aurait voulu voir encore assoupies; il douta de la sécurité de son foyer paisible. Cette lune menaçante annonçait l'éternel changement. Vaguement il se dit que les révolutions humaines doivent être, elles aussi, des marées obéissant à la lune, parfaitement réglées comme celles de l'océan, mais d'une si vaste amplitude que nous n'en apercevons pas la récurrence…”Paul Morand Le flagellant de Séville, 1951