“je me rappelle la luxuriance fleurie du salon de thé des Oudaïa d'où nous contemplions Salé et la mer, au loin, en aval du fleuve qui coulait sous les remparts; les ruelles bariolées de la médina; le jasmin en cataractes aux murs des courettes, richesse du pauvre à mille lieues du luxe des parfumeurs d'Occident; la vie sous le soleil, enfin, qui n'est pas la même qu'ailleurs parce que à vivre dehors, on conçoit l'espace différemment… et le pain en galette, aubade fulgurante aux unions de la chair. Je sens, je sens que je brûle. Il y a quelque chose de cela dans ce que je cherche. Quelque chose mais ce n'est pas encore tout à fait cela… pain… pain…”Muriel Barbery livre Une gourmandiseUne gourmandise, 2000
“Je vais mourir mais cela n'a pas d'importance. Depuis hier, depuis Chabrot, une seule chose importe. Je vais mourir et je ne parviens pas à me rappeler une saveur qui me trotte dans le cœur. Je sais que cette saveur-là, c'est la vérité première et ultime de toute ma vie, qu'elle détient la clef d'un cœur que j'ai fait taire depuis. Je sais que c'est une saveur d'enfance, ou d'adolescence, un mets originel et merveilleux avant toute vocation critique, avant tout désir et toute prétention à dire mon plaisir de manger. Une saveur oubliée, nichée au plus profond de moi-même et qui se révèle au crépuscule de ma vie comme la seule vérité qui s'y soit dite — ou faite. Je cherche et je ne trouve pas.”Muriel Barbery livre Une gourmandiseUne gourmandise, 2000
“Consistante, immédiatement elle-même malgré la béance des quais ouverts sur l’ailleurs, animée d’une vie autosuffisante, enclave de sens à la croisée des chemins, Tanger nous happait vigoureusement à la première minute.”Muriel Barbery livre Une gourmandiseUne gourmandise, 2000