“Le temps n'est qu'une convention, une espèce d'alphabet pour aveugles sur lequel nos doigts en tâtonnant ne découvrent qu'un signe après l'autre. Nous avons toujours en même temps six ans, vingt ans, et soixante-dix. Toutes les cartes sont dans le sabot! Quand je pense à cela j'éprouve une sorte d'illumination, et puis tout aussitôt je suis saisie d'un affreux sentiment de solitude. J'ai l'impression que rien n'existe au monde que moi, et j'ai envie de mourir. Les mystiques ont de la chance, qui peuvent se faire contempler de Dieu. Tu vois où j'en suis. Plains-moi, chérie. Je t'embrasse.”Maurice Druon La Volupté d'être, 1954
“Vois-tu Jeanne, dit-elle, il y a une affreuse injustice à notre égard. Quand nous ne pouvons plus inspirer le désir des hommes, nous ne sommes plus rien. On continue d'honorer des écrivains qui ne peuvent plus écrire, des médecins qui n'ont plus la force de soigner, des hommes d'État qui ne peuvent plus gouverner. Mais nous qui avons apporté aux hommes le sentiment de vivre pleinement leur destin, qui avons inspiré leurs œuvres, qui avons été leur rêve, leur orgueil et leur récompense, et qui avons été célèbres à cause de cela, que nous reste-t-il lorsque notre corps nous trahit et que nous ne pouvons plus tenir notre rôle? Nous sommes comme des héros qui ne sont pas morts. On devrait s'enfermer dans une chambre, murer les fenêtres…”Maurice Druon La Volupté d'être, 1954
“De ce visage en feu, la voix effrayante proféra :"Pape Clément!… Chevalier Guillaume!… Roi Philippe!… Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment! Maudits! Maudits! tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races!…”Maurice Druon