“Ce qui avait pris fin, au fond, c'était la redoutable contradiction dans laquelle elle s'était enfermée : n'aimer que pour être aimée, s'offrir mais pour acquérir celui qui vous reçoit, enchaîner l'autre dans le sacrifice qu'on prétend faire pour lui.”Jean-Christophe Rufin livre La SalamandreLa Salamandre
“Leurs cheveux pouvaient bien grouiller de poux, leurs gencives saigner, leurs ventres crier dans le vide, ils avaient l'éclatante santé des rêveurs.”Jean-Christophe Rufin livre Rouge BrésilBrazil Red
“Chaque fois que les livres sont rares, ils résistent bien. À l'extrême, si vous les interdisez ils deviennent infiniment précieux. Interdire les livres, c'est les rendre désirables. Toutes les dictatures ont connu cette expérience. En Globalia, on a fait le contraire : on a multiplié les livres à l'infini. On les a noyés dans leur graisse jusqu'à leur ôter toute valeur, jusqu'à ce qu'ils deviennent insignifiants.”Jean-Christophe Rufin , 2005
“Il la raccompagna à son hôtel. Elle monta l'escalier en titubant, et, sitôt entrée dans sa chambre, elle sentit qu'il avait bien fait de la laisser seule ce premier soir. Un sanglot monta en elle, un spasme trop violent d'abord pour que les larmes lui donnent issue. Elle subit les assauts de ce hoquet profond, viscéral, qui n'était point souffrance mais libération, moins tristesse que soulagement, comme l'agonie du coureur de marathon qui franchit les derniers mètres. Elle pleura enfin, avec cette sensation délicieuse de prendre pitié d'elle-même et pour la dernière fois.”Jean-Christophe Rufin , 2005
“Peu à peu, elle prit conscience que sa tristesse et sa solitude, l'attiraient vers cette foule. Elle avait profondément besoin de fête, car elle n'est pas seulement divertissement mais élan tragique, fusion de l'être avec la multitude. Le carnaval lançait à sa détresse un appel irrésistible. Rester en dehors n'arrangerait rien. Son malheur s'augmenterait seulement d'un exil, d'une punition infligée à l'âme. Vers quatre heures du matin, elle se releva et décida de suivre son désir.”Jean-Christophe Rufin , 2005
“Elle pensa que c'est une bien grande douleur que de ne pas aimer ses parents, qu'ainsi on ne peut espérer l'amour ni des autres ni de soit-même. Puis, en remontant parmi les tombes, elle eut l'idée que, malgré tout, l'amour qui reste doit survivre en se cachant dans des souterrains d'âme. A certains craquements que seul permet d'entendre le silence, on devine qu'il nourrit toujours, dans les caves de l'être, d'entêtés bourgeons livides qui pénètrent les moindres failles et cherchent la lumière.”Jean-Christophe Rufin , 2005
“La liberté des Indiennes sur ce sujet ne l'embarrassait pas. Elle aurait voulu être comme elles, raconter simplement ses désirs et ses amours. Mais toute parée qu'elle fût désormais à leur image, elle n'avait pas encore quitté les lourdes pudeurs sous le couvert desquelles macèrent en Europe les plaies de l'âme.”Jean-Christophe Rufin