“Le temps passait, je le savais, mais je croyais ma mère immortelle. Non, rien ne presse (…) Ma mère est immortelle, elle est solide, volontaire, avisée de sa santé, je sais trop qu’un jour elle mourra, en attendant j’ai le temps.”Jacques Chessex Pardon mère, 2008
“Souvent j’ai eu le temps. C’était quand ma mère vivait. J’étais désagréable avec elle, ingrat, méchant, je me disais : j’aime ma mère. Elle le sait ou elle finira bien par le savoir. J’ai le temps. Elle et moi, l’un quant à l’autre, nous avons le temps. Le temps de quoi? Moi, de lui prouver que je l’aime et que je mérite son amour. Elle, de reconnaître mon amour d’elle et de me le dire.”Jacques Chessex Pardon mère, 2008
“Assis à l’autre bout de la table, Jean Calmet écoutait avec répugnance les bruits de bouche de son père occupé à manger. Ces chuintements, ces succions le dégoutaient comme un aveu sale. On parlait peu, les frères et les sœurs s’observaient, la mère mangeait très vite (…) Le docteur mâchait et déglutissait sans arrêt, mais son regard implacable se posait sur chacun des siens (…) et Jean Calmet se désespérait d’être une fois de plus transpercé par ces yeux tout-puissants qui le fouillaient et le devinaient.”Jacques Chessex L’Ogre, 1973