“Nous traversions le parc pour rejoindre, qui son équipage, qui (comme moi et deux ou trois autres qui remontions simplement en ville) le sentier permettant de grimper en raccourci. Cabrot (employé maintenant à demeure au Moulin de Pologne) et trois valets escortaient la compagnie avec des flambeaux de très grand apparat. […] Sous la lumière voletante le parc perdait ses frontières et paraissait occupé tout l'espace de la nuit noire. A chaque instant il découvrait des richesses inouïes qui, serties d'ombre, étincelaient d'un éclat incomparable. Des brasiers de roses pourpres à odeur de musc se mettaient à flamber sur notre passage. La fraicheur du soir exaltait le parfum de pêche des rosiers blancs. A nos pieds, les tapis d'anémones, de renoncules, de pavots et d'iris élargissaient des dessins sinon tout à fait compréhensibles, en tout cas magiques, maintenant que la lumière rousse des flambeaux confondait les bleus et les rouges les faisaient jouer en masse sombre au milieu des jaunes, des blancs et des verdures dont le luisant paraissait gris. J'ai ainsi vu moi-même des sortes d'animaux fantastiques : des léviathans de lilas d'Espagne, des mammouths de fuchsias et de pois de senteur, toutes les bêtes d'un blason inimaginable. Au-dessus de nos têtes, les sycomores balançaient des palmes, les acacias croulants de fleurs inclinaient vers nous les fontaines d'un parfum plus enivrant que le vin de miel.”Jean Giono livre Le Moulin de PologneLe Moulin de Pologne, 1952sortie, lumière, vin, fleur
“Certains critiques, particulièrement sarcastiques, affirment que la guerre en Afghanistan est certes sans espoir, mais qu'elle protège pour le moins la culture du pavot à l'Hindou Kouch. C'est ne voir cette culture que comme une conséquence de la guerre alors qu'il apparaît clairement qu'il s'agit d'un des objectifs de guerre des États-Unis.”Volker Bräutigam (1941) françaisguerre, espoir
“Tous les remèdes, comme l'a déjà dit saint Jean Chrysostome, proviennent de sept éléments fondamentaux : la chaux, le soufre, le salpêtre, l'iode, le pavot, la résine de saule et le suc de laurier. Sous mille formes différentes, c'est néanmoins toujours la même chose.”Franz Werfel (1890–1945) écrivain autrichien, 1933formation
“Ma mère renversait la tête vers les nuées, comme si elle eût attendu qu’un vol d’enfants ailés s’abattît. Au bout d’un moment, elle jetait le même cri, puis se lassait d’interroger le ciel, cassait de l’ongle le grelot sec d’un pavot, grattait un rosier emperlé de pucerons verts, cachait dans sa poche les premières noix, hochait le front en songeant aux enfants disparus, et rentrait. Cependant au-dessus d’elle, parmi le feuillage du noyer, brillait le visage triangulaire et penché d’un enfant allongé, comme un matou, sur une grosse branche, et qui se taisait. Une mère moins myope eût-elle deviné, dans les révérences précipitées qu’échangeaient les cimes jumelles des deux sapins, une impulsion étrangère à celle des brusques bourrasques d’octobre… Et dans la lucarne carrée, au-dessous de la poulie à fourrage, n’eût-elle pas aperçu, en clignant les yeux, ces deux taches pâles dans le foin: le visage d’un jeune garçon et son livre? Mais elle avait renoncé à nous découvrir, et désespéré de nous atteindre.”Colette livre La Maison de ClaudineRomans, La Maison de Claudine, 1922mère, vol, cri, enfants